Le Grand Moyen Orient avorté

Merci de diffuser

Le Grand Moyen Orient avorté

Officiellement proclamé Président de la République arabe d’Égypte, le 24 juin 2012, Mohamed Morsi, candidat des Frères musulmans aux premières élections présidentielles, dites démocratiques et légitimes, tenues après la révolution du 25 janvier 2011, accède au pouvoir dans des circonstances ambigües.

Après un deuxième tour d’une présidentielle vivement controversée, il remporte 51,73% des voix, face à son adversaire, l’ex-premier ministre égyptien, Ahmed Chafik, qui semblait le vrai vainqueur jusqu’à la dernière minute avant la divulgation du résultat du vote. Victoire serrée attribuée en grande partie, par les observateurs politiques, à la fraude et à une énorme pression exercée par un occident impatient de réaliser ses ardeurs colonisatrices, au seuil du 3e millénaire, dans un pays stratégique et pionnier, au cœur d’une région-clef si convoitée, par le biais d’une secte, celle des Frères musulmans, qui se sert de l’islam politique et ne cesse pas de courir après la légitimité, depuis bientôt un siècle, pour finir par fonder, en 2011, un parti brandissant les nobles slogans de « la liberté et de la justice » dans le seul but de conquérir le pouvoir. Mohamed Morsi, en fidèle adepte dévoué de la secte devient, alors, membre du parti islamiste nouvellement fondé et, obéissant aux ordres de ses supérieurs à la confrérie, il dépose sa candidature à la présidentielle pour devenir, accidentellement, à la tête d’un pays incomparablement au-dessus de la taille de ses ambitions et de ses compétences, ainsi que de celles de sa secte.

Son premier discours, prononcé suite à son élection, dont les experts attribuent la rédaction au bureau du guide suprême des Frères musulmans égyptiens, Mohamed Badie, sis à Mokattam, banlieue sud-est du Caire, semble amorcer une énorme et profonde fissure dans la société égyptienne. Une large partie du peuple, alors sous le choc de son accession au pouvoir, s’y aperçoit, horrifiée, que le nouveau président islamiste donne fortement l’impression de s’adresser, au nom des Égyptiens, à un groupe en particulier, celui dont il est issu et qu’il appelle dans son arabe médiocre: « Ma famille et ma tribu ».

Une impression qui s’accroit et s’affirme, de jour en jour, pendant toute une année, pour devenir une réalité amère, frustrante et écrasante à toute l’Égypte tout le long du règne, catastrophique et scandaleux, des Frères musulmans, en la personne de Mohamed Morsi. Règne qui finit par sa destitution de ses fonctions de Président de la république, le 3 juillet 2013, par l’armée égyptienne, exhortée par tout un peuple martyrisé, dont les appels aux secours se multipliaient pour le sauver des bourreaux qui lui ont été imposés au nom de la liberté, la justice, la démocratie et la légitimité. Une légitimité que l’ex-président incompétent, Morsi, n’arrête toujours pas de revendiquer en chœur avec sa secte qui exerce, sous un couvert faussement légitime, ses pratiques néfastes visant, uniquement, leurs propres intérêts, ceux des groupes djéhadistes et des pays qui les soutiennent, dont les États-Unis en tête, afin de réaliser leurs plans de diviser et de détruire pour mieux contrôler et dominer.

Bien organisés et financés, disposant d’un réseau international et d’un appui mondial solidement tissés et implantés, depuis des décennies qui remontent à la fin des années 20 du siècle dernier, les Frères musulmans étaient la seule force politique prête à prendre la relève, en Égypte, après la chute du régime de Moubarak, le 11 février 2011, et la période intérimaire tumultueuse qu’a connue le pays, pendant presque un an et demi, sous le Conseil Suprême des Forces armées égyptiennes. Avant que ce dernier ne livre, mystérieusement, le pouvoir au soit disant premier Président égyptienne élu démocratiquement, Mohamed Morsi.

L’ex-président égyptien islamiste déchu était, toutefois, deuxième dans l’ordre du choix des candidats des Frères musulmans à la présidentielle. Le premier étant incontestablement le charismatique Khaïrat Al-Chater, à la fois, homme d’affaires bien fortuné et influent, fin stratège de la secte et bras droit de son guide suprême en Égypte. Il fut, pourtant, éliminé de la course à la présidence, au profit de Morsi, à cause d’antécédents judiciaires. Moins habile que son prédécesseur de candidat, mais obéissant et docile, Mohamed Morsi reflète une image sans ambages de la confusion et de la tumulte qui règnent au sein de son groupe, uniquement soudé par les intérêts communs qui unissent ses chefs, à travers le monde, et le lavage de cerveau, au nom de la religion, que subissent ses adeptes.

Mohamed Morsi dispose, cependant, à première vue, d’un C.V. impressionnant qui le projetterait, facilement, au rang des prestigieux leaders politiques cultivés ayant un passé glorieux de militants. Ex-académicien en génie civil, éduqué aux États-Unis, impliqué dans la vie politique de l’Égypte, dans le cadre des activités de sa confrérie, il est, également, un ex-détenu politique, libéré dans des conditions douteuses, lors de la Révolution du 25 janvier 2011, par des militants islamistes du Hamas et d’autres factions djéhadistes dans la région, pour devenir, soudain, à la surprise de presque tout le monde, Président d’Égypte.

Toutefois, Mohamed Morsi, ne tardera pas à être pris dans le piège de son appartenance à sa secte au détriment de son engagement et dévouement patriotiques. Tiraillé entre sa loyauté aveugle aux Frères musulmans et la pression d’une rue en constante ébullition devant son incompétence et ses énormes lacunes, Morsi multiplie les flips-flops dans ses décisions, tout en entrainant le pays dans une chute libre, sans précédent, aux enfers, enrobée d’une sinistre couverture impitoyable d’insécurité, de terreur et de privation.

Nombreux sont les désastres qui ont frappé l’Égypte, en l’espace d’une année sous son règne, et qui ont coûté, inutilement, la vie aux milliers de ses citoyens. Au point que la population a pris l’habitude, après quelques mois de son élection, d’appeler le groupe auquel il appartient: « les Frères criminels » au lieu « des Frères musulmans », faisant ainsi allusion à leurs pratiques inhumaines et barbares pour imposer leur volonté, à travers le pouvoir, au détriment de tout un peuple. Nombre non négligeable de leurs adeptes et partisans, témoignant de leur escroquerie, fraude, mensonges et sauvagerie, ont même reconsidéré leur appartenance et leur appui à la secte. Ce qui a provoqué une énorme déchirure dans le corps du groupe islamiste qui a vu le jour et navigué à travers le temps en comptant sur la fausse image, aimable et serviable, qu’il reflétait et qui exploitait, au maximum, les déficiences et les erreurs des autres à son propre profit, tout en se montrant victime d’une discrimination et d’une exclusion constantes sous tous les régimes.

Injustement imposé, par la ruse et la manigance, le régime des Frères musulmans a tenté, lors du mandat éclaire de son président, Mohamed Morsi, par tous les moyens, d’islamiser l’Égypte et ses différentes institutions pour y semer la divergence, la violence et la division, avant de procéder à sa répartition territoriale, favorisant le sectarisme et les conflits au profit de projets chimériques d’hégémonie étrangère, voulant transformer le Proche et le Moyen Orient en une grande région nommée, par l’administration américaine, le Grand Moyen Orient.

Au nom d’extirper les racines d’un ancien régime corrompu, celui de Moubarak, dont ils étaient jusqu’à ses derniers jours parmi les alliés les plus fidèles, les Frères musulmans, par le biais, de leur président, entament une opération de ratissage de large envergure dans les diverses instances étatiques, en commençant par les plus stratégiques, pour éliminer non pas les corrompus, mais les plus dévoués et fidèles à leur mission, afin de les remplacer par leurs membres et partisans. Les hauts responsables des ministères de la défense, de l’intérieur, de la justice, de l’éducation, de la culture et d’autres se sont vus cibles à de vives attaques successives, visant leur réputation, leur intégrité, voire leur vie, dans le but de les détruire avant de les réduire, à jamais, au silence et à l’oubli.

Préoccupés de conquérir le territoire, nouvellement acquis, les Frères musulmans, sous la façade du régime de Morsi, négligent, en même temps, le pays dont les services et l’infrastructure, déjà, vulnérables et décadents, depuis l’époque Moubarak, se dégradent davantage considérablement, privant le peuple de ses moindres besoins primordiaux et ses droits fondamentaux à une vie digne d’un être humain. Coupures d’eau et d’électricité se multiplient pour des heures, voire des jours et des semaines. Pollution et pénurie des produits de première nécessité, dont la nourriture, les médicaments et le carburant se propagent. Des fils d’attente interminables apparaissent devant les boulangeries et les stations de service. Embouteillages, problèmes de trafic, accidents routiers, effondrements d’immeubles et de bâtiments, incendies pour toute sorte de raisons et autres font, dorénavant, partie d’un quotidien sombre qui annonce le pire. La livre égyptienne perd graduellement beaucoup de sa valeur face à la devise étrangère, provoquant une hausse sans précédent des prix. Inflation et chômage font des ravages impitoyables sur la population qui se voient écrasée sous leur poids et leur ampleur. Le pays nage dans une nappe épaisse d’ordures qui dégage une odeur nauséabonde. Des épidémies, disparues depuis des décennies, réapparaissent, dont la polio, la peste et la tuberculose. A l’absence de presque toute surveillance et tout contrôle, toute infraction, quelque soit sa gravité, est devenue possible sans la moindre peine. Vol, viol et kidnappe comptent, désormais, parmi les crimes les plus répandues et redoutées en Égypte. Le peuple assure, chacun à sa façon, sa propre défense quelques soient les conséquences. Une anarchie dangereuse caractérise tous les aspects de la vie dans le pays, dont la population commence à regretter sérieusement la Révolution du 25 janvier qui l’a jetée dans l’abîme des Frères musulmans.

Par ailleurs, le Peuple égyptien s’aperçoit, terrifié, que ceux qui le gouvernent, veuillent supposément sur sa sécurité et défendent son territoire et son intégrité ne sont que des traitres et des comploteurs qui, en contre partie de leurs propres intérêts, séparément de ceux de la patrie, négocient de céder des parties importantes, stratégiques et historiques de ses frontières, dont Halayeb et Chalatine au sud et le Sinaï au nord-est, à certains pays du voisinage, dont le Soudan et la Palestine. Avant que le Peuple égyptien ne se soude derrière son armée et ses services de sécurité concernés pour défendre son pays et son territoire, le Sinaï semblait à jamais perdu sous le contrôle de groupes djéhadistes, de toutes les factions, qui ne sont autres que des extensions du régime islamiste égyptien. Le territoire d’Égypte a, en effet, été bien infiltré, au cours de l’année de règne des Frères musulmans, par leurs alliés et collaborateurs djéhadistes, qui déferlaient sur le pays, à grands flots, de partout, surtout de son nord-est et de son ouest, véhiculant des arsenaux d’armes, susceptibles d’anéantir tout un peuple, afin d’armer leurs partisans pour défendre, contre toute loi et tout droit, leurs intérêts et desseins. De larges opérations de pilonnage visent l’armée égyptienne, ainsi que les instances concernées d’assurer la sécurité du pays. Les assassinats et les actes de kidnappe et d’humiliation, commis contre les militaires et les policiers, se multiplient pour déstabiliser l’Égypte et s’attaquer au symbole de la sûreté et de l’intégrité de son territoire.

Sur un autre plan, outre l’image médiocre que le régime des Frères musulmans reflétait de l’Égypte à l’étranger, lors des voyages officiels de son président, accompagné de son entourage parmi les membres de la secte, sous le couvert politique de leur parti, des transactions personnelles se faisaient sur le dos du pays sans que sa population n’en récolte le moindre profit.

D’un autre côté, loin de défendre la sécurité nationale de l’Égypte, le régime des Frères musulmans facilitait l’accès aux secrets d’état au profit des pays étrangers. L’exemple récent de la construction du barrage de la Renaissance sur le Nil bleu, en Éthiopie, en est une des preuves flagrantes qui le confirment. Sollicité de fournir des renseignements confidentiels, indispensables à la construction du nouveau barrage éthiopien, par la compagnie hollandaise en charge de développer la conception, sous les auspices de l’Union européenne, le régime de Morsi, en la personne de son premier ministre, Hécham Kandil, ex-ministre de l’irrigation, signe une convention sur la disponibilité des informations requises, moyennant une somme modique de 4.5 millions d’euros qui vont, directement, dans les poches des chefs de la secte, sans que le pays n’en profite le moindrement. Sans compter que les informations fournies, concernant la part de l’Égypte des eaux du Nil et de sa crue, relèvent des secrets d’état les plus importants, dont la divulgation risque fort de nuire aux ressources en eau du pays. Outre que la construction du barrage éthiopien ouvre grandement la porte devant d’autres pays africains, riverains du bassin du Nil, de suivre l’exemple. Ce qui aura comme impact évident de réduire, considérablement, la part de l’Égypte à l’eau du fleuve qui fut, à travers le temps, source de la vie de sa population et origine de sa civilisation mythique qui remonte à environ 7 mille ans.

Toutefois, si la Révolution égyptienne du 25 janvier 2011 a déblayé le terrain devant la montée au pouvoir des islamistes, à l’instar de la Révolution iranienne de 1979, le Peuple égyptien n’a pas lâché prise de combattre ceux qui voulaient avorter ses efforts et ses sacrifices pour une vie meilleure et un avenir promettant. A part les Frères musulmans et leurs partisans, nombre minime ne dépassant pas les quelques centaines de milliers, toute une population bouillonnant de colère et de frustration, approchant les 90 millions de personnes, se déchaine, menée par un mouvement, formé de jeunes égyptiens patriotiques qui le baptisent, en arabe, « Tamarod » qui signifie « rébellion. » Ils accumulent les signatures pour destituer le chef d’État imposteur de ses fonctions et reléguer les membres de sa secte du pouvoir et des postes-clefs. Au delà de 22 millions d’égyptiens signent volontiers des formulaires exigeant de retirer la confiance du Président Mohamed Morsi prétendument élu démocratiquement. Les jeunes membres de « Tamarod » appellent, en même temps, le Peuple égyptien à des manifestations pacifiques massives jusqu’à la chute du régime extrémiste qui ne représente aucunement la volonté des Égyptiens.

Le 30 juin 2013, l’Égypte entière trace, majestueusement et admirablement, un nouveau chapitre héroïque non seulement dans son histoire, mais également dans celle de l’humanité. Malgré des conditions climatiques totalement défavorables avec un mercure qui dépasse les 40 degré Celsius, sous un soleil brulant et une humidité suffocante, au delà de 33 millions de manifestants de tous les âges et les différentes souches de la société égyptienne sont descendus dans les rues de tous les gouvernorats du pays, afin de renverser pacifiquement, mais fermement, le régime des Frères musulmans. Non-armés, ils deviennent proies faciles à de violentes attaques armées des membres de la secte terroriste et de ses partisans parmi les criminels et les djéhadistes. Toutefois, les dizaines et les centaines d’innocents qui tombent, quotidiennement, parmi les manifestants sous les balles des assaillants, depuis le début du soulèvement, ne font qu’attiser davantage la détermination de la population de continuer son chemin jusqu’au bout pour extirper, à jamais, les racines du terrorisme de son territoire.

Voyant leur projet du Grand Moyen Orient s’effondrer face à la volonté sincère et la résistance, habile et courageuse, d’un peuple résolu à ne pas se laisser manipuler, les pays concernés, alertés par les Frères musulmans et les djéhadistes de toutes les nationalités, tentent, au début, par tous les moyens de détourner la réalité et ignorer la vraie voix de la démocratie et de la liberté, dont ils s’en servent, maladroitement et cyniquement, pour atteindre leurs fins. Ils ferment les yeux grandement devant la révolte de tout un peuple et ne mettent l’accent que sur le geste de l’armée égyptienne qui, en destituant Mohamed Morsi de ses fonctions de président, n’a fait qu’agir consciencieusement à la demande de son peuple pour débarrasser le pays des tyrans. Accusée, sur le champ, d’avoir mené un coup d’état contre un régime élu démocratiquement, les menaces de sanctions fusent, en premier, des États-Unis et de l’Union européenne, contre l’armée égyptienne. Toutefois, le Peuple égyptien, bien décidé et engagé, maintient sa position et s’accroche à sa décision que le geste de son armée n’était que l’expression exacte de sa propre volonté. Devant la résistance pacifique et la détermination des Égyptiens, l’occident hésite et finit par modifier sa position et condamne la politique de ses leaders qui, au nom de valeurs sublimes, biaisent la vérité et écrasent la volonté des peuples pour ne servir que leurs propres intérêts.

En se soulevant contre les Frères musulmans, leurs partisans et leurs alliés, le Peuple égyptien offre au monde entier un modèle pionnier, à la fois, puissant et civilisé, de ce que peuvent réaliser la clairvoyance, la volonté sincère et la détermination face à l’intransigeance, la manigance et l’obstination de ceux qui veulent vivre dans les chimères de leurs illusions et adapter la réalité, par la ruse et la force, au tragique de leurs dessins et leurs plans.

Amal M. Ragheb

Journaliste internationale et écrivain

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :