un rapport par le Pere Magdi Seif a minia (moyenne egypte)

15.9.13                                                                                                                  MINIA…, TERRE DES ÉGLISES BRÛLÉES.

Voici le message que nous communique le P. Magdi Seif, supérieur de notre résidence de Minia :

 

(c’est à Minia [gouvernorat] qu’il y a eu le plus grand nombre d’églises brûlées et endommagées)

Les Frères Musulmans ont tenu un sit-in sur la place de Rabia Al Adawiyya, au Caire, pendant plus de cinq semaines. C’est pourquoi, à l’aube du mercredi 14 août 2013, le gouvernement a décidé de lever le sit-in, même s’il devait employer la force pour ce faire. Auparavant, il avait donné plusieurs avertissements pour que le sit-in prenne fin. À peine quelques heures après que le gouvernement ait commencé à démanteler le sit in, il y a eu de très grandes manifestations violentes dans tous les gouvernorats d’Égypte, et surtout dans le gouvernorat de Minia. (Depuis les années ‘70, Minia produit et exporte la plupart des leaders des « Jamaat Islamiyya » pour toute l’Égypte). Vers neuf heures du matin, le jour du démantèlement du sit-in, de grands groupes de personnes ont commencé à lancer des pierres et des bouteilles vides contre la porte de notre église, et ils essayaient d’enfoncer la porte. Ils n’ont pas pu casser la porte ou l’ouvrir, ils ont alors grimpé au portail et sur le mur d’enceinte: ils ont enlevé la croix qui se trouvait au-dessus de la porte de l’église et ils ont réussi à la casser et à la jeter par terre. Entre-temps, un autre groupe lançait des pierres et cassait toutes les vitres des fenêtres de la façade de notre résidence. Ils ont aussi saccagé deux magasins en face de notre résidence (propriétés de chrétiens) et ont tenté d’y mettre le feu, mais les voisins musulmans les ont empêché de poursuivre leur oeuvre de destruction. Ils ont alors quitté les lieux pour aller ailleurs. Face à ces attaques, nous avons encouragé ceux qui travaillent à l’Association [des Frères et des Jésuites] et à l’école, de quitter les lieux et de rentrer chez eux, pour éviter toute confrontation possible. Seuls sont restés sur place les membres de la communauté jésuite (Bimal, Radi et Amir). Il y avait aussi un important groupe de jeunes gens et jeunes filles venus de différents lieux, avec Émile, le scolastique jésuite. Vers une heure de l’après-midi, nous avons entendu des coups de feu et nous avons vu de la fumée et des incendies du côté de « la maison des jeunes » (bâtiment de l’Association). Les voisins, la plupart sont des musulmans, sont venus nous aider à éteindre le feu. Il y avait alors un grand nombre de jeunes des Frères musulmans et de voyous, qui brûlaient tout et qui détruisaient tout ce qu’ils ne pouvaient pas voler et emporter. Les trois étages de la maison des jeunes ont complètement brûlé. Tous les ordinateurs, plus d’une quarantaine, ont été volés ainsi que les projecteurs LCD et les appareils photographiques de très haute qualité, qui étaient employés pour

l’apprentissage et l’enseignement. Pendant que la maison brûlait, il y avait un autre groupe qui incendiait les classes employées pour l’enseignement et la formation des personnes ayant des besoins spéciaux. Ils ont brûlé aussi tous les bus et autres moyens de transport de l’Association et de l’école. (Ces véhicules transportaient les enfants ayant des besoins particuliers, chez eux, à la fin de la journée scolaire). Ils ont brûlé un grand autobus, deux microbus et trois voitures privées dont la nouvelle voiture de la communauté. Ils ont endommagé aussi deux autobus et un microbus et un certain nombre de motocyclettes appartenant aux employés et deux motocyclettes équipées spécialement pour les personnes physiquement handicapées. Tout cela s’est passé en moins d‟une heure. Nos voisins et nous, observions ce qui se passait en nous sentant impuissants car ils portaient des armes à feu et des armes blanches. Certains voisins et jeunes sont venus nous aider à éteindre les incendies, mais dans des situations pareilles, alors que certains viennent vraiment pour aider, d’autres viennent pour piller et voler. De fait, c’est ce qui est arrivé. Au cours de tous ces événements nous avons appelé la police et les pompiers et toutes les forces de sécurité, mais il y avait tellement d’incendies et d’actes de destruction un peu partout, que cela dépassait les capacités des forces de sécurité ou des pompiers. Sous pression et insistance de notre part, un officier de la police a accepté de venir à condition qu’il soit protégé par nos jeunes car il n’avait pas suffisamment d’hommes pour protéger le poste de police et d’autres endroits. Au bout d‟environ une heure depuis le début de ces événements, une voiture des pompiers est arrivée, mais eux aussi avaient peur d’affronter la foule en colère.

 

Le jour suivant, jeudi 15/8/2013

À l’aube, un groupe armé a essayé d’entrer encore une fois pour voler ce qui restaitaprès l’incendie. À partir de ce moment, un groupe de jeunes familiers des lieux ainsi que des employés de l’école et de l’Association est venu et s’est offert pour passer la nuit avec nous pour protéger et surveiller les locaux. Bien sûr, aucun d’entre eux n’était armé. C’est pourquoi nous avons dû payer des gardes armés pour protéger les locaux en cas de nouvelles attaques. À un autre niveau, le gardien de notre terrain de «l’oasis» nous a demandé de faire appel à des personnes armées pour protéger les lieux jusqu’à ce que la situation se calme.

 

AU CAIRE. JOUR DE FEU – FÊTE DE L’ASSOMPTION !

 

Le mercredi (14 Août) avait été une journée de violence contre les chrétiens. 62 églises à travers tout le pays avaient été attaquées ou brûlées. À Minia, comme on vient de le lire, les dégâts sont énormes. Le père supérieur a engagé quatre gardiens armés de fusils pour protéger le domaine.

 

Au Caire, pour les jésuites du collège, ce sont la journée et la nuit du 15 Août qui furent terribles Depuis trois heures de l’après midi, des tirs de tous calibres rue Ramsès, juste sous murs arrières du collège. Le bruit était terrifiant ; nous avions l’impression qu’on tirait dans nos couloirs, et nous nous attendions d’un moment à l’autre à tous sauter. Qui tirait ? Les Frères tiraient sur l’armée et l’armée sur les Frères. La chose avait commencé par des francs-tireurs installés dans le minaret de la mosquée Al-Fath qui s’étaient mis à tirer sur les soldats qui entouraient la mosquée. L’armée avait du riposter et la bataille était devenue générale. La place Ramsès, place de la gare était saccagée de fond en comble, les bordures en fer arrachées, les pavés cassés et transformés en pierrailles pour être lancés sur l’armée. La bataille ne s’est terminée qu’à 11h du soir avec une avancée des chars sur la rue Ramsès sur un front de quatre chars qui tiraient en feu suivi pour faire reculer et disperser les Frères. Evidement, même une foule bien armée ne peut pas grand-chose contre une attaque de chars. Vendredi la journée a été calme ; l’armée avait encerclé la mosquée el Fath d’où venaient les manifestants qui après la nuit s’y était réfugié. Et les évacuait en les désarmant un à un.

La situation n’a jamais été si dure. Le miracle de la journée fut qu’aucune trace de projectile ne marque nos murs, alors qu’on s’attendait à les découvrir complètement criblés.

 

 

Samedi 17 août 2013

Lettre du P.Nabil Gabriel à la Province :

 

La situation ici est très tendue. Hier vendredi,(16 août) après la prière de midi à la mosquée ‘El Fath’ sur la place Ramsès a commencé un rassemblement des frères musulmans. Ils voulaient se rassembler là et se diriger ensuite vers la place El Tahrir pour la prendre d’assaut. Le mot d’ordre était donné à toutes les mosquées pour se rassemblement. Entre-temps l’armée avait bloqué tous les accès à Tahrir. La station de métro même était fermée pour couper cet accès. Nous avons eu droit, même après le couvre-feu de 19 heures, à des tirs nourris des deux camps. Sur la rue Ramsès devant le collège, les foules allaient et venaient. Jusqu’à deux heures et trois heures du matin l’armée qui avait occupé la place Ramsès tirait sur les manifestants. Ceux-là avaient cherché à brûler le poste de police qui se trouve tout près de la place au début de la rue Galaa ; sans succès. Ils ont brule un peu plus loin un immeuble des ‘moukaweloun el arab’. Les hélicoptères de l’armée ont survolé la place toute la nuit.

 

Ce matin je suis allé voir la place Ramsès. Tous les accès sont interdits aux voitures et des fils barbelés ont été installés en travers de la rue Ramsès près de chez nous.  La mosquée El Fath est occupée par les frères musulmans. La police les retiens là-dedans, sans doute pour les protéger des milices civiles du quartier qui les attendent dehors pour des règlements de compte.

 

Il faut s’attendre à des représailles des frères musulmans à la suite de la disparition des deux lieux de ‘sit in’ de Rabea el adaweya à Madinet Nasr et ‘El Nahda’ à Guiza.

 

Nous suivons les nouvelles sur toutes les chaines d’information comme vous. Nous ne comprenons pas l’attitude de l’Occident et des États-Unis qui défendent à tout prix Morsi et ses partisans sous prétexte qu’il a été « élu démocratiquement ». Ils ne veulent pas voir la réalité en face et constater qu’ils ont à faire avec un mouvement terroriste international.

 

On n’a pas fini de faire le bilan des églises brûlées ainsi que d’autres institutions privées ou publiques. Une chose est claire, ils veulent se venger en semant le désordre.

Nous limitons au maximum nos déplacements et nous suivons les événements comme vous et sur les témoignages des gens qui nous appellent. »

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